mardi 30 novembre 2010

"Liberté, gratuité, publicité": la nouvelle devise du numérique?

L'industrie du livre peut-elle échapper à l'assaut des pirates lors du passage au numérique?


C’est en tout cas ce qu’affirment les auteurs de l’étude « Les écrits à l’heure du numérique ». Pas de téléchargements clandestins. Le passage au livre numérique se ferait par la boutique en ligne. Les consommateurs seraient prêts à payer pour leurs e-books.

Difficile d’y croire.



En effet, pourquoi les adeptes du livre numérisé seraient-ils plus vertueux que ceux du disque ou de la vidéo, dès lors que la technologie de partage est la même ?


Le prix excessif des versions numériques d'oeuvres exhorte presque au piratage et les systèmes de protection (verrous numériques, DRM, tatouage de fichiers ou Hadopi) sont aussi inefficaces que coûteux.

D’ailleurs, la numérisation sauvage a commencé depuis longtemps. Google, en bon pionnier, a déjà numérisé des millions de livres (tous n'étant pas libres de droits) sans autorisation, forçant la main aux auteurs et sociétés de gestion de droits en les mettant devant le fait accompli. C'est la force de la globalisation numérique...


Dans un flou artistique, plusieurs groupes d'édition, bibliothèques, et sociétés de gestion de droits négocient avec Google et passent des accords (voir l'accord avec Hachette), notamment en France et aux Etats-Unis. En attendant, quantité oblige, Google diffuse sous différentes formes et continue à invoquer le "fair use" à l'américaine pour proposer aux auteurs un contrôle a posteriori (dit "opt-out" ou "option de retrait") de ce qui est diffusé en ligne.


Et donc, maintenant que les versions électroniques sont disponibles, elles sont prêtes à être copiées plus facilement, partout et en toute illégalité. Une vraie diffusion en série en perspective. Mais la technologie n'a pas les mêmes limites que le droit !


A moins, peut-être, que les pirates du net soient plus intéressés par le partage de musique, de vidéos ou de jeux que par celui du livre?...Peut-être, le public n'est pas forcément le même, le nombre de lecteurs baisse, etc.

Alors quelles solutions pour sauver l’industrie du livre, alors que la rémunération moyenne de l'écrivain est déjà l'une des plus faibles du monde artistique ?



Abaisser largement le coût du livre numérique ? Introduire des abonnements à prix compétitifs ? Ce qui ne marche pas pour la musique ou la vidéo marcherait-il pour les livres au motif que la "cible" n'est pas forcément la même?


Autre évidence: le système de rémunération de l'auteur dans ce modèle de diffusion reste très flou, fluctuant et confidentiel, lorsqu'il n'est pas tout simplement inexistant.


Alors pourquoi pas la gratuité pour le lecteur en ligne, tant qu'on y est ? Oui, pourquoi pas? En intégrant le facteur publicité pour rémunérer auteurs et éditeurs grâce à des accords harmonisés, on se berce moins d'illusions sur l'inévitable évolution des échanges numériques de toutes sortes, où la frontière n'est plus que juridique.

Gratuité et publicité. La télévision l’a fait. Deezer en a fait son business model pour la musique. AlloStreaming pour les films/séries. Et les entreprises 24 symbols ou Wowio en font le pari pour les e-books. Espérons toutefois que la publicité saura trouver sa place en bonne intelligence, sans polluer les belles pages.


Puisque, de manière générale, la diffusion numérique globalisée remet en cause toute l'économie et le droit des systèmes d'échanges et du commerce, de manière particulière, la numérisation d'oeuvres littéraires remet inévitablement en cause tout le système de gestion des droits et de la rémunération de ces auteurs par les sociétés de gestion et exige une nouvelle réflexion sur l'équilibre financier recherché. Les questions sont multiples.


Nous y travaillons...

Qu’en pensez-vous ?

0 commentaires:

Publier un commentaire